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Monsieur le président,
Nous sommes présent·es à cette reconvocation du CSAL spécial « suppressions d’emploi » après le boycott intersyndical de la première instance (cf. sur notre site internet local le tract commun https://31.cgtfinancespubliques.fr/IMG/pdf/tract_unitaire_csal_emplois.pdf
ainsi que le communiqué de presse relatif à cette question des emplois : https://31.cgtfinancespubliques.fr/IMG/pdf/communique_de_presse_intersyndical_csal_emplois_2026_def_version_site.pdf)
En préambule de cette déclaration liminaire relative à la poursuite du détricotage de notre administration, un petit rappel sur l’histoire de la DGFiP. Rappelons qu’entre 2008 (création de la DGFiP) et le 31 décembre 2022, nous avons perdu 34 420 effectifs payés de titulaires. Autre élément important à se remémorer : en septembre 2024, le nombre de postes vacants était d’environ 4 000. Sur l’année civile 2024, avec les départs (principalement les départs à la retraite), les arrivées (surtout suite à concours et embauches de non-titulaires) et les mobilités internes, l’estimation des postes vacants était de plus de 2 000.
Cette année, vous nous convoquez à cet exercice récurrent de suppressions d’emplois, mais avec une nouvelle méthode de comptabilisation des effectifs. Pour nous, une chose est claire : la DGFiP veut invisibiliser les postes vacants et poursuivre « quoi qu’il en coûte » les suppressions d’emplois.
Le tableau de gestion des emplois de référence des Finances publiques (TAGERFiP), même s’il n’était pas parfait, permettait d’avoir une vision sur les effectifs disponibles par grades et directions, les vacances de postes ou surnombres et de, potentiellement, anticiper les départs et les recrutements.
En 2025, vous constatiez la présence de postes vacants ? Abracadabra, en 2026, vous ne les verrez plus !
Plutôt que de combler les vacances de postes en se donnant les moyens d’augmenter les recrutements de fonctionnaires, voici la recette de la potion magique de Mme Verdier :
1 - Ne pas communiquer aux organisations syndicales le rapport de l’inspection générale des Finances sur laquelle le ministère a basé cette « réforme ».
2 - Ne pas fournir une pyramide des âges pour toutes les catégories, pour rendre visible les besoins sur une période donnée et pouvoir anticiper les recrutements (mais quand on ne souhaite pas en faire, cela importe peu !).
3 - Changer le référentiel des emplois en passant, pour chaque direction, d’emplois pleins (ou « chaises ») à équivalents temps plein (ETP).
Qu’est ce que cela change ?}
Avant, avec le TAGERFiP, nous avions :
– les autorisations d’emplois, par catégories et directions ou services pour les TAGERFiP locaux,
– la situation après mouvement avec les gels de postes, les effectifs présents (« réels »), et le solde. Puis les effectifs (« réels ») pondérés par les temps partiels et enfin le solde pondéré des temps partiels faisant apparaître les vacances d’emplois.
Un exemple, avec le TAGERFiP national des A au 1er mars 2025 : 21 550 autorisations, 2 gels, 21 211 effectifs présents, solde de - 329, puis 20 703 effectifs une fois pondérés des temps partiels et donc, au final, un déficit de 21 211 moins 20 703, soit - 845 (ce qui constituait les « vacances d’emplois »).
Avec le nouveau système, la référence devient « les emplois pondérés des temps partiels » (les ETP). Nous n’aurons plus la référence des autorisations d’emplois, qui permettaient de faire apparaître les postes vacants.
4 - Répartir les ETP entre les directions en modifiant l’évaluation de leurs besoins :
– en supprimant toute référence aux effectifs physiques,
– en changeant, en toute opacité, les indicateurs des directions en matière de charges, enjeux financiers et socio-économiques. Ces nouveaux indicateurs définiront la cible en emplois pour chaque direction.
Cette cible, comparée aux emplois présents dans la direction, définira soit des surnombres, soit des postes vacants. En cas de vacances d’emplois, la direction pourra bénéficier de ressources à concurrence de la moyenne nationale. En cas de surnombre, elle perdra progressivement (par les départs naturels d’agents de la direction) des emplois, sauf si le taux de surnombres national est supérieur au taux de surnombres de la direction.
Cette méthode ne sera pas appliquée aux services centraux, directions nationales et spécialisées. Les conséquences de la méthode ne s’appliqueront pas à certains emplois tels que les emplois fonctionnels, les postes comptables, géomètres, huissiers, auditeurs, conseillers aux décideurs locaux, emplois A+, emplois supra-départementaux et emplois dédiés à la lutte contre la fraude fiscale. Tout porte donc à croire que ces nouveaux indicateurs pèseront avant tout sur les services de gestion.
5 - Choisir une période de référence minimisant les emplois vacants
En se fixant sur une date précise et non plus sur l’année. A quelle date ? En janvier, où le niveau des postes vacants est au plus bas (et le niveau d’emplois au plus haut).
6 - Expertiser la situation des effectifs de chaque service par catégorie.
Les directeurs seront libres de faire des ajustements entre « familles » de services (enveloppes fongibles). Rien n’est précisé pour définir les « familles de services ». Passé un certain délai (non précisé), les directions pourront résorber les « surnombres » restant en plaçant les agents concernés en ALD et en les « invitant » à participer au mouvement de mutation (sans prime de restructuration).
La loi de finances a donc décidé 550 suppressions d’emplois temps plein (ETP) à la DGFiP en 2026, une « diminution », selon le vocabulaire officiel, à périmètre constant. Le désormais traditionnel « jeu de bonneteau » des ETP entrants et sortants de la DGFiP permet à l’administration d’afficher une « facture finale » de - 433 ETP. C’est bien évidemment un grossier mensonge de communication quand on décrypte précisément ces chiffres. En effet, 167 ETP arrivent à la DGFiP dans le cadre du transfert de missions des centres de gestion financière (CGF) des ministères de l’aménagement du territoire, de l’agriculture, de la justice et des ministères sociaux. Mais le nombre d’emplois nécessaire à la bonne réalisation des missions transférées est systématiquement sous estimé dès la décision de transfert.
De plus, dans un second temps, 49 emplois sur les 167 sont immédiatement rétrocédés aux ministères d’origine au titre des gains de productivités issus de la mise en place des CGF sur ces missions ! Enfin, quand les agents des ministères en question sont appelés à suivre leur mission et donc intégrer la DGFiP, cela ne les intéresse pas toujours, ne serait-ce que par crainte que cette mission ne leur soit, au final, pas attribuée et qu’ils doivent assurer des tâches nouvelles qu’ils ne maîtrisent pas.
En conséquence, ces 117 (167 - 50) « renforts » de la DGFiP arrivent avec des missions pour lesquelles ils sont, dès le début, en sous-effectif, par omission volontaire et au nom de la
« productivité »… À périmètre constant ce sont bien 550 emplois détruits à la DGFiP en 2026 !
Mais ce n’est pas fini, car la DG a identifié des « missions prioritaires » qui vont être renforcées. La notion de renforcement ne doit pas être bien enseignée à l’INSP (ex-ENA), car quand une mission est prioritaire, on devrait créer des emplois plutôt que simplement les transférer depuis d’autres services de la DGFiP victimes chaque année de suppressions d’emplois ! Au cas particulier, 140 emplois viendront « renforcer » la lutte contre la fraude et les amendes, 70 emplois en informatique, 20 emplois en RH. Cerise sur le gâteau, la DG crée 5 centres de contact (4 pro et 1 amendes) avec 234 ETP (qui viendront achever de dépouiller les directions départementales et régionales en emplois). Ainsi, ce sont 464 ETP supplémentaires qui sont redéployés hors des services de gestion départementaux, qui perdront ainsi près de 1 000 emplois au total !
On comprend mieux l’urgence de la DG à casser le TAGERFiP et à refuser de communiquer sur les variations par départements, au nom de la nouvelle réforme de comptabilisation des emplois.
Un dernier mensonge à dénoncer, la fiche « emplois » du CSAR indique que tous les services de la DGFiP contribuent aux suppressions d’emplois. En effet, depuis de nombreuses années, la CGT Finances publiques dénonce la saignée des emplois, toujours supportée par les directions départementales et régionales et épargnant Bercy et les directions nationales et spécialisées (DNS). La DG fait donc semblant d’associer ces précieux emplois privilégiés aux « efforts » de suppressions d’emplois. Ce n’est qu’une illusion, car 16 emplois à Bercy et 56 en directions nationales spécialisées sont affichés dans les suppressions, mais les missions de ces directions sont renforcées à hauteur de 12 emplois et 34 redéploiements. C’était déjà le cas en 2024, on voit bien qu’il est plus difficile de réduire les emplois au plus près de la DG… Au final, les services locaux vont perdre plus de 1 000 emplois en 2026 et Bercy... seulement 4 ! Alors qu’il faudrait en recréer partout !
Au niveau de la Haute-Garonne, la magie de Mme Verdier transforme un TAGERFiP à effectif de 1 536 chaises à un effectif d’emplois à temps plein (ETP) de 1 521 agents. Soit une création d’IP, de 15 inspecteurs et la suppression de 24 B et 7 C. Toujours plus de barreurs, toujours moins de rameurs, mais comment la correspondance se fait ? La direction n’a pas été prolixe en termes d’explications écrites sur la transposition départementale du nouveau dispositif de calcul des emplois de la magicienne générale Verdier.
Nous constatons simplement que les SIP sont les « grands gagnants » de l’année, avec 16 suppressions d’emplois : 1 A, 6 B, 9 C, ce doit être ce que l’on appelle le « SIP de demain ». Nous dénonçons les saignées pratiquées au SIP Cité (- 4), Rangueil, Mirail et Balma (- 3 chacun), qui n’ont pas fini de s’arracher les cheveux pour établir des plannings de gestion entre les accueils (sur site, en flux et sur rendez-vous, et en ADP), le télétravail, le débordement téléphonique (le planning 2026 circule déjà), la téléphonie locale...
Les SIE, fortement dégraissés l’année précédente, comptabilisent un solde de 2 créations (dont 3 créations postes de catégorie A), sûrement « grâce » à la gestion du débordement téléphonique lié à la facturation électronique (les plannings sont également affûtés !).
Les SGC ont un solde de - 5 (avec plusieurs transformations de B en C mais peu importe les doctrines d’emploi, ils font souvent le même travail et cela coûte moins cher !) et la création de 2 A. Dans les CDIF, on prépare la fusion 2027 dans le SDIF, en supprimant 1 B et 2 C et en créant 2 postes de A et un de B.
Le SPF voit son tribut vers le SAPF moins important qu’initialement prévu (4 au lieu de 17). Faut-il y voir un rétropédalage compte tenu de l’état chancelant du fichier ? Pas sûr du tout !
La tambouille évoquée plus haut concernant les opérations nationales (« reprise d’emplois fléchées » et « mesures de périmètre », vocabulaire éloquent !) entérine des créations dans les centres de gestion financière (Agriculture + 8 , Transition écologique + 13, Justice + 2), sous réserve des transferts effectifs des collègues de ces ministères ! 2 agents C sont rétrocédés au titre du « bloc 2 » (Écologie et Agriculture).
Enfin, la rubrique « autres redéploiements / repyramidage » valide la fin de vie des PCE et le début de création de la 5è BDV à l’aide 4 ETP de catégorie pris sur la 2è BDV (3) et 4è BDV (1).
Au final, la DGFiP reste la « bonne élève » de l’État, en poursuivant le massacre de ses emplois, dût-elle poursuivre l’abandon progressif de la qualité de ses missions de contrôle des dépenses et de recouvrement des recettes, en sacrifiant la gestion publique, le recouvrement des impôts des particuliers et des entreprises, des amendes, la qualité du fichier foncier, le recouvrement de la taxe d’urbanisme, le plan cadastral et les recettes qu’il pourrait produire, etc.
Nous sommes particulièrement inquiets sur le point 6 de la méthode magique de notre directrice générale. En effet, au-delà des premières années dans les « gros » départements, où l’évaporation naturelle due aux départs massifs en retraite risque de permettre une gestion indolore des suppressions d’ETP dans certains services, la situation des départements moins denses en matière d’effectif est déjà problématique.
Notre direction n’a pas crû bon nous communiquer, comme cela a été fait dans d’autres départements (tout près de nous, celui des Hautes-Pyrénées), la répartition des ETP selon les dix blocs fonctionnels fixés par le cadrage de la direction générale. La CGT a déjà demandé à la direction locale, lors d’autres CSAL « suppressions d’emplois », quelles seraient les conséquences de la constatation des sur ou sous-effectifs sur les blocs métiers en termes de mouvements de personnels. Il apparaît que les directions locales disposeraient d’un délai de 2 ans pour effectuer les "rééquilibrages" et donc, in fine, de procéder à des changements d’affectation des agents, par transformation de l’affectation en poste d’ALD : une mobilité imposée qui ne dit pas son nom !
Pour la CGT Finances publiques, l’ensemble des métiers de la DGFiP mérite les emplois nécessaires à la bonne réalisation et à l’amélioration des missions. Habiller les uns en déshabillant les autres est une politique irresponsable, mettant les missions et les agents en concurrence, au détriment de la cohérence globale de notre service public et des conditions de travail de la plus grande parties des agents
La DGFiP continue également, à l’instar des autres versants de la Fonction publique, à malmener ses agent·es en termes de rémunération et de conditions de travail. À ce propos, nous vous remettons la lettre ouverte que nous avons adressée au préfet, à la magicienne Amélie Verdier et au délégué de la DGFiP en Occitanie pour que vous mesuriez une fois de plus combien les collègues que nous représentons dans cette instance sont méprisé·es à différents niveaux, et notamment en matière de rémunération (et pas simplement à cause de l’augmentation supplémentaire récente des prix du carburant ! (https://31.cgtfinancespubliques.fr/IMG/pdf/lettre_ouverte_sur_l_augmentation_des_remunerations.pdf). Nous vous demandons de l’annexer au procès verbal, puisqu’elle synthétise de manière assez complète les raisons qui font que la DGFiP et ses personnels, ainsi que l’ensemble des services publics, sont à un tournant de leur histoire : soit un changement de cap intervient rapidement pour revitaliser les services publics, soit tout explosera vers une société à l’anglo-saxonne ou la loi des plus forts sera la seule règle.
Enfin, nous ne pouvons pas conclure sans évoquer l’insupportable nouvelle boucherie que les impérialismes états-uniens et israéliens (la loi des plus forts encore…) sont en train d’imposer à l’Iran, au Liban et encore et toujours en Palestine et en Cisjordanie. Avec le consentement de l’Union européenne et de la France, s’est ouverte une nouvelle session qui nous rapproche un peu davantage d’un conflit mondialisé, dont les populations ne veulent pas, tant il est certain que personne n’y a intérêt, à part quelques « profiteurs de guerre ». La CGT Finances publiques rappelle son attachement à la paix et informe qu’elle va mandater deux de ses membres pour participer le 20 juin 2026 à Londres à un grand meeting international pour la paix, qui fait suite à un premier évènement similaire, qui avait réuni 4 000 personnes le 5 octobre dernier à Paris. Nous l’avons déjà exprimé plusieurs fois dans cette instance, mais nous continuerons à répéter cette phrase mythique de Jean Jaurès : « Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage ».
Article publié le 31 mars 2026.